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Comment tirer ses photos argentiques avec un agrandisseur ?

Comment tirer ses photos argentiques avec un agrandisseur ?

On parlait dans un précédent article de comment créer son laboratoire photo argentique à la maison ? Aujourd’hui il est temps de parler de la suite des événements. Vous êtes de plus en plus nombreux à développer vos pellicules à la maison, et que ce soit par passion, ou par simple envie, un certain nombre d’entre vous veulent aller plus loin, et souhaitent transformer leurs plus belles photographies en objets physiques bien palpables. On va donc maintenant voir comment procéder pour tirer ses photographies noir et blanc sur papier, à la maison, avec ses petites mains !

Le matériel

L’agrandisseur : c’est l’élément indispensable pour tirer ses photographies à la maison, c’est grace à lui qu’on va transférer nos images sur le papier. On avait déjà bien parlé de comment le choisir sur cet article, donc je ne vais pas m’étaler, sachez simplement que neuf ça coûte extrêmement cher, mais on peut en trouver à des prix beaucoup plus doux sur le marché de l’occasion, comme sur la brocante du Blog, où tous les produits sont révisés avant d’être vendus. 😉

Un agrandisseur Ahel 12
Un agrandisseur et du matériel de laboratoire

Un compte pose : il sert à définir le temps d’exposition du papier photo. Il va s’occuper de stopper la lumière de l’agrandisseur dès que la durée qu’on va choisir sera écoulée.

3 bacs de laboratoire : on va les utiliser pour pouvoir tremper nos photos dans les différents produits chimiques. Prenez les assez grands pour pouvoir y plonger vos tirages, mais pas non plus trop grands, sans quoi vous devrez utilisez une grande quantité de produit pour pouvoir les remplir.

Une laveuse de tirage : Elle sert à laver correctement les tirages en laissant passer un filet d’eau pour la renouveler au fur et à mesure. Néanmoins c’est un investissement important, et si vous restez sur du papier RC, on peut quand même se débrouiller avec une simple bassine remplie d’eau.

Des pinces : pour éviter de plonger ses doigts dans les bacs pour récupérer nos photos. En général on prend une pince par bac pour éviter de mélanger les produits.

Une lampe inactinique : ce sont ces fameuses lampes, souvent rouges, qui permettent d’avoir de la lumière dans le laboratoire sans exposer le papier, puisqu’il n’est pas sensible à cette couleur.

Un Scoponet (aussi appelé vérificateur de mise au point) : pour faire correctement la mise au point de l’agrandisseur

Un margeur : si sa fonction première est de créer des marges blanches sur les photographies, c’est en réalité un outil très pratique puisqu’il permet de placer le papier au bon endroit très facilement sous l’agrandisseur. C’est donc avant tout moyen de se faciliter la vie, et de gagner du temps, mais n’y voyez rien d’obligatoire, moi aussi j’ai fait sans pendant bien longtemps et ça va très bien.

Les consommables

Plusieurs sortes de papier photo argentique Ilford

Du papier photo argentique noir et blanc : Il existe un immense choix : on a différents types de papier ; différentes tailles ; différentes finitions ; différents grammages ; et j’en passe. En résumé chaque papier a son propre rendu, et pour apprendre à le choisir c’est par ici que ça se passe : Papier argentique noir et blanc : Que choisir pour ses tirages ?

Des produits chimiques : comme pour développer des pellicules, en noir blanc, nous avons besoin de 4 produits : le révélateur, le bain d’arrêt, le fixateur, et l’agent mouillant. En général le bain d’arrêt, le fixateur, et l’agent mouillant utilisés pour développer les pellicules peuvent aussi être utilisés pour le papier. On a donc bien souvent que du révélateur à acheter si vous développez déjà vos pellicules noir et blanc.

Quand passer en lumière rouge ?

Avant de commencer, je vais répondre à la célèbre question des débutants : pourquoi la lumière rouge ? Notre but durant tout le processus est de gâcher le moins de papier possible, déjà parce que ça coûte cher, mais aussi parce que ce sont des déchets inutiles. Chaque feuille exposée à une lumière classique est une feuille perdue, elle donnera une image entièrement noire.

Les ampoules rouges utilisées en laboratoire sont des lampes inactiniques. Elles servent à s’éclairer sans exposer le papier photo. Dès lors qu’on doit sortir une feuille de son emballage, et tant que toutes les feuilles sorties ne sont pas passées dans le fixateur, on reste en lumière rouge. Et avant de repasser en lumière classique, vérifiez bien que toutes les feuilles non utilisées sont rangées et à l’abri de la lumière. Nombreux sont ceux qui ont détruit des paquets de feuilles entiers par inattention. Donc on ne sort du paquet que les feuilles dont on a besoin, et ce qui ne sert pas doit rester bien à l’abri.

Comment tirer ses photos ?

Etape 1 : Préparer les chimies

La première étape pour réussir à tirer ses photos est de préparer les différents produits chimiques. Tout comme pour le développement de pellicule, on va préparer un révélateur, un bain d’arrêt, et un fixateur. Toutes les informations dont vous avez besoin pour les préparer sont disponibles sur les sites internet des différents fabricants, et même bien souvent résumé sur les produits eux-même. Vous aurez simplement à suivre les instructions pour y arriver. A savoir que, comme pour les pellicules, le bain d’arrêt peut être remplacé par de l’eau vinaigrée (comptez 10 à 20% de vinaigre), et l’agent mouillant par un peu de liquide vaisselle.

Les différents bacs de développement

Préparez les produits, et versez-les chacun dans un bac de laboratoire différent. Placez-les bien dans l’ordre : révélateur, puis bain d’arrêt, et enfin fixateur, puisque nous allons toujours les utiliser dans ce sens, ça évite les erreurs. La quantité à préparer dépend de la taille de vos bacs et de la quantité de tirage à produire, il faut en avoir suffisamment pour pouvoir plonger les tirages. Si vous avez vraiment peu de tirages à faire, n’hésitez pas à pencher vos bacs pour en préparer le moins possible, une fois prêtes, les chimies s’oxydent très rapidement.

Enfin, préparez un dernier bac avec une bonne quantité d’eau claire, il va nous servir à rincer nos photos. Ajoutez-y quelques gouttes d’agent mouillant, ou à défaut, de liquide vaisselle pour éviter les traces sur vos tirages. Si votre eau est vraiment très calcaire et que vous constatez quand même des taches, vous pouvez utiliser de l’eau déminéralisée.

Avertissement

Tous ces produits sont corrosifs et irritants, pensez à vous protéger les mains et les yeux, et à bien rincer en cas de contact. De plus, ils nécessitent une ventilation adéquate pour éviter des problèmes respiratoires. Mais si ce n’est pas possible, ou que vous ressentez une irritation, n’hésitez pas à investir dans un masque à gaz (filtre ABEK1 ou 2) pour plus de protection.

Etape 2 : Mettre en place l’agrandisseur

Placer un négatif

Une fois tous nos produits prêts à être utilisés, il est temps de s’attaquer aux réglages de l’agrandisseur. Tout d’abord, on va venir placer un négatif dans l’agrandisseur. Il faut qu’il soit bien propre. Pensez à y mettre un coup de poire soufflante pour chasser les poussières, puisque chaque petite poussière présente pourra être visible sur le tirage.

Régler la taille de l’image

Ensuite, on va venir modifier la hauteur de l’agrandisseur. C’est sa hauteur qui va définir la taille finale du tirage, plus il est haut, plus la photo pourra être grande.

Pour cela, allumez l’agrandisseur et si l’image n’est pas assez visible, réglez l’objectif sur son ouverture la plus grande. Prenez un vieux tirage, ou réglez le margeur à la dimension de votre papier photo argentique pour avoir un repère. Puis réglez la hauteur de l’agrandisseur de façon à ce que l’image projetée fasse la taille voulue. Profitez-en pour faire une mise au point “à l’œil”, puisqu’elle joue également sur la taille de la projection, on va la régler proprement par la suite.

Un agrandisseur à la bonne hauteur

A cette étape on a 2 écoles, il y a ceux qui, à la manière de Cartier Bresson, ne veulent pas recadrer leur image, et qui règlent l’image de l’agrandisseur pile à la bonne taille, voire légèrement plus petite, afin d’avoir l’ensemble de la photographie sur le papier. Puis il y a ceux qui la font légèrement plus grande pour pouvoir recadrer ou redresser leurs photographies. C’est à vous de voir suivant vos préférences, les deux sont possibles.

La mise au point

Vue de l’interieur d’un Scoponet

Enfin, dernière étape avant de commencer à tirer nos photos : le réglage de la mise au point. Prenez votre Scoponet et placez-le sous l’agrandisseur allumé, sur une feuille ou un vieux tirage pour que votre mise au point prenne en compte l’épaisseur du papier.

En regardant dedans tout en jouant avec le réglage de mise au point, vous allez voir apparaître les sels d’argent du négatif. Faites-en sortes que ces sels soient le plus nets possibles pour avoir une bonne mise au point.

Etape 3 : Les bandes d’essai

Maintenant que tout est prêt, il est temps de passer à la partie la plus intéressante de la mission : tirer ses photos ! Pour réussir à tirer une photographie proprement, on va d’abord tenter de réussir à trouver le temps d’exposition et le contraste à appliquer sur notre photographie. Pour cela, on va utiliser ce qu’on appelle des bandes d’essai. Ce sont simplement des morceaux de papier photo argentique qu’on va utiliser pour tirer notre photo.

Découpez une feuille en bandes, et prenez un bout de carton, ou un vieux tirage, pour faire office de masque. En plaçant ce masque sur le papier pour masquer des parties de notre bande, on va pouvoir tester plusieurs temps d’exposition sur une seule bande.

L’exposition

En premier lieu, on va faire un test assez large, prenons par exemple 5, 10, 15, et 20 secondes. Pour cela, si votre agrandisseur dispose d’un filtre inactinique, placez-le, ou à défaut, éteignez-le, pour ne pas exposer votre papier en le plaçant sous l’agrandisseur, et placez-y votre bande d’essai.

Exemple d’une bande d’essai sous l’agrandisseur

Réglez votre objectif sur une ouverture adéquate. On utilise l’ouverture maximale uniquement pour voir ce qu’on fait, mais pour tirer, on est généralement entre f8 et f16 voire 22. A savoir que plus l’ouverture est petite, plus l’exposition sera longue puisqu’on a moins de lumière.

Enfin, réglez votre compte pose sur 20sec. N’hésitez pas à écrire au dos des bandes d’essai les temps d’exposition et l’ouverture de votre objectif, ce sont des informations qui peuvent resservir. Pour finir, avec votre cache, masquez-les 3/4 de la bande d’essai, la partie visible va être exposée les 20sec.

Lancez l’exposition, puis retirez un peu le cache toutes les 5 secondes, de cette manière, on va obtenir les autres temps d’exposition.

Le développement

Une fois le papier exposé, il est temps de le passer dans les différentes chimies ! Baignez-le dans le révélateur le temps recommandé par le fabricant (c’est généralement autour de 1 minute), avant de le passer dans le bain d’arrêt (ici la durée importe moins du moment que c’est au moins 30sec), puis dans le fixateur (vérifiez les consignes du fabricant, mais la durée est souvent de 1 à 2 minutes). Veillez bien à égoutter le papier avant de changer de bac, moins les produits sont mélangés, plus ils pourront être utilisés.

Maintenant que l’image est fixée, vous pouvez rallumer la lumière pour observer le résultat et la passer au rinçage. Vous pouvez faire une ou plusieurs autres bandes d’essai si nécessaire, en utilisant à chaque fois des intervalles plus petites pour vous rapprocher du temps d’exposition souhaité.

Des bandes d’essai

Réglage du contraste

Normalement, durant la seconde bande d’essai on en profite également pour régler le contraste de l’image. Soit en changeant de papier si vous utilisez un papier à grade fixe. Soit, si vous utilisez du papier multigrade, grâce à des filtres multigrades, ou, pour ceux qui ont un agrandisseur équipé d’une tête couleur, en réglant sa colorimétrie. Bon, là dans mon exemple juste au dessus j’en avais pas sous la main, donc on voit clairement un manque de contraste, ne faites pas comme moi, n’oubliez pas de régler le contraste dès le début, ça permet de gagner du temps. 😅

Si vous n’avez rien compris à cette histoire de grade, de multigrade, et de contraste, rendez-vous ici où j’en parle plus en détail :

Après 2, voire 3 bandes d’essai, parfois plus si besoin, vous devriez avoir trouvé des paramètres qui vous permettent d’avoir une image correcte, il est donc temps de passer à la suite !

Etape 4 : Le tirage de lecture

Une fois les paramètres d’exposition choisis, il est temps de faire un véritable tirage ! Ce premier tirage s’appelle le tirage de lecture, c’est un tirage brut, uniquement avec le bon temps d’exposition, et le bon contraste. Dans le monde de la photographie professionnelle, il sert simplement à avoir un aperçu de l’image, mais il peut parfaitement être votre tirage définitif s’il vous convient !

Un tirage de lecture

Pour cela rien de plus simple, réglez le temps d’exposition souhaité sur le compte pose, puis placez une feuille entière sous l’agrandisseur. Exposez-la, puis passez-la dans les différents bacs pour en révéler puis fixer l’image. Une fois bien rincée, il ne reste plus qu’à lui trouver une place pour le faire secher.

Faire sécher ses tirages

On a tous en tête ces images de laboratoire où les photos sèchent attachées par le coin avec une pince à linge, et en réalité ce n’est que très rarement qu’on utilise cette technique puisqu’elle n’est pas aussi pratique qu’elle en a l’air.

Le papier RC est le plus souvent séché à la verticale pour permettre à l’eau de bien s’écouler. Il existe des racks de séchages spécifiques, mais ça peut parfaitement être improvisé en les posant contre n’importe quoi qui les empêche de tomber, ou même être remplacé par certains égouttoirs pour assiettes.

Pour le papier FB, le séchage est beaucoup plus complexe, ce dernier n’ayant pas de base plastique, il va se tendre au fur et à mesure et un mauvais séchage va résulter en un tirage tout gondolé et avec des dimensions très aléatoire, auquel cas il va falloir le remouiller et recommencer à nouveau. Ce n’est rien d’impossible mais ça demande un bon coup de main, et comme il y a de quoi en faire un article complet rien qu’à ce sujet, je vous redirige vers la vidéo de Jacques Clavel qui en parle plus en détail.

Et toutes mes félicitations une fois bien sec, vous avez maintenant votre tirage photo !

Etape 5 : Le maquillage

Si vous voulez faire vos images presque comme un pro, une dernière étape est souvent nécessaire. Je vous le disais, dans le milieu professionnel, le tirage que vous venez de produire est simplement un tirage de lecture. On vient très souvent appliquer des modifications locales sur les images pour déboucher des parties trop sombres ou pour ajouter du détail dans les parties trop claires. Cette étape s’appelle le maquillage, mais on peut aussi venir appliquer tout un tas d’autres techniques de retouches.

Un tirage de lecture annoté avec les retouches choisies

En fait dans le milieu professionnel, le tirage de lecture est celui sur lequel on se base pour effectuer toutes les modifications qu’on veut y apporter. C’est lui qu’on gribouille de plein de notes pour réussir à tirer les versions finales de la photographie !

Et après un peu de magie, et de patience, on arrive au tirage final ! Mais pour en savoir plus sur le maquillage, et plus généralement la retouche en argentique c’est par ici que ça se passe :

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  1. pour le développement dans le révélateur, ce n’est pas jusqu’à ce que l’image apparaisse !
    mais 1mn à 2 mn pour du papier RC (plastifié) et 3 à 5mn pour du papier FB (baryté)
    il faut TOUJOURS développer a fond 🙂
    ne jamais sortir un papier qui noirci trop vite, si c’est le cas, revoir l’exposition a l’agrandisseur
    et si il ne monte pas assez, augmenter le temps d’exposition